Infos Mode

A Milan, la mode reprend vie


Loin du fiasco annoncé par certaines Cassandre, la Fashion Week de Milan, s’est conclue lundi sur un bilan plus qu’honorable. La Chambre de la mode italienne (CNMI) a montré sa capacité à gérer un tel événement en toute sécurité sanitaire, en organisant une Semaine qui marque de fait l’entrée de la mode dans une nouvelle ère. Elle a aussi offert à tous les acteurs du marché, présents à Milan ou qui suivaient l’événement de l’autre bout du monde, la douce sensation d’un retour à la normale.
 

Marco Rambaldi a choisi de faire défiler ses mannequins dans la rue – ph Dominique Muret

Premier point positif. C’est la première fois, qu’une Fashion Week affiche un impact environnemental aussi faible. Jamais le centre de Milan n’a été aussi fluide en une telle période. Zéro trafic, pas de cohue, ni d’hystérie. Ils sont nombreux à reconnaître sous le manteau que “cette fois, c’était beaucoup mieux”. Prendre le temps d’apprécier un défilé, sans se précipiter aussitôt vers le suivant, profiter du moment dans une certaine convivialité, partager des émotions avec une communauté… Telles sont les nouvelles sensations qu’a offert cette Semaine milanaise, qui n’en était pas moins dense pour autant.
 
Avec 21 défilés physiques en cinq jours (contre 19 en huit jours pour Paris) et de nombreux rendez-vous et présentations parallèles, qui ont bénéficié d’une audience majeure grâce à la plus grande disponibilité des acheteurs et de la presse, mais aussi grâce au digital, la manifestation a paradoxalement donné l’impression d’être plus riche que par le passé.

“Compte-tenu bien sûr de la situation actuelle, cela s’est très bien passé. Nous voulions montrer au monde qu’il est possible de continuer, tout en cohabitant avec le virus, et nous avons réussi. Ces défilés ont montré la résilience des marques et des entreprises italiennes, qui ont su s’adapter en dépit des énormes difficultés engendrées par la pandémie du Covid-19”, se réjouit le président de la Camera della Moda, Carlo Capasa.

Philosophy a défilé dans un jardin en toute sécurité – ph Dominique Muret

 
“Beaucoup de personnes, nous ont félicité, en nous disant qu’elles s’étaient senties à chaque instant en sécurité à Milan grâce aux mesures adoptées”, ajoute-t-il, en soulignant aussi “l’incroyable impact qu’a eu le digital avec plus de 20 millions de visiteurs en ligne”. Quelques centaines de journalistes ont pu faire le déplacement (contre quelques milliers habituellement), surtout des Allemands, des Espagnols, des Anglais, des Suisses et des Scandinaves, mais aussi quelques Japonais et de nombreux russes.

Selon les premiers chiffres divulgués pas la Chambre de la mode, sa plateforme digitale a enregistré durant cette Fashion Week un bond de 125% par rapport à la Semaine milanaise masculine de juillet, en termes de fréquentation. Elle a généré 825.552 visualisations directes, tandis que son espace “Live Room”  hébergé par le géant chinois Tencent a comptabilisé 26,1 millions de visualisations.
 

Défilés en plein air

Les maisons ont rivalisé d’imagination pour garantir la sécurité de leurs hôtes et de leurs équipes. Grand nombre de défilés ont ainsi été organisés en plein air, sous les arcades des majestueuses cours de nombreux palais milanais, et dans leur jardin, ou bien carrément dans la rue, comme celui de Marco Rambaldi Via Lecco, ou même au fond d’une piscine en plein air pour Sunnei.
 
La plupart du temps, les maisons distribuaient des masques, et respectait à chaque fois rigoureusement les distances entre chaque spectateur. La distanciation n’a pas signifié pour autant des salles vides. Dolce & Gabbana, qui a accueilli un tiers de la capacité habituelle de son théâtre, avait par exemple 350 invités. Et partout, on avait l’impression d’assister à un défilé normal.

Discipline et distanciation même sous la pluie, ici chez Sunnei – ph Dominique Muret

“Ces défilés avaient du sens et je pense qu’il aurait fallu en faire plus. Selon moi, les vidéos digitales ne laissent pas de signes. Certes, Milan était à moitié déserte, mais on s’y attendait. Nous sommes conscients que nous partons pour une autre année identique”, lâche Riccardo Grassi à la tête du showroom, qui porte son nom. Par rapport à juillet, le distributeur de mode italien a doublé avec cette Fashion Week le nombre de visiteurs sur sa plateforme en ligne, mais physiquement son showroom comptabilise 90% de visites en moins par rapport à l’hiver dernier.

Beppe Angiolini, titulaire de l’enseigne Sugar à Arezzo, affiche aussi sa satisfaction pour cette semaine phygitale, qu’il a trouvée bien équilibrée entre show physiques et vidéos. Certaines ont marqué les esprits et alimentaient les discussions au pied des podiums, comme celle très attendue de Prada avec pour la première fois Raf Simons aux manettes au côté de Miuccia Prada.
 
“Le moment est particulier et, vu les difficultés rencontrées, les collections n’étaient pas toutes au top, mais j’ai beaucoup acheté”, confie le détaillant. Il est vrai que l’on sentait l’impact du confinement sur certaines collections réalisées avec moins de moyens et de temps.
 
Dans l’ensemble, les créateurs milanais sont revenus à une mode essentielle et concrète. Un filon minimaliste a traversé la plupart des défilés avec d’innombrables total looks et vêtements monochromes dans des tonalités sorbet ou neutres. L’accent a été mis sur quelques pièces incontournables, tel le costume, la robe à fines bretelles, la chemise d’homme, les shorts, la jupe.
 

Valentino a choisi un hangar immense et aéré – ph Dominique Muret

A noter l’utilisation surtout de tissus techniques, comme le nylon, ou de matières classiques comme le coton et la soie, ainsi que la présence abondante de la maille et de la dentelle. En revanche, les stylistes ont peu fait appel aux imprimés ou aux décorations. A l’exception des plumes, qu’ils ont utilisées pour embellir certaines tenues, comme pour lancer un appel urgent en faveur de la légèreté. 
 
Plus qu’avec les dessins et les imprimés, les stylistes ont joué avec des graphismes design ou des motifs géométriques, comme les pois ou le damier. L’autre grande tendance a mis en avant le patchwork, avec l’idée sous-jacente d’économiser et de recycler en utilisant les chutes de tissus à disposition. Dolce & Gabbana a construit une collection entière sur ce thème.

 Il n’a échappé à personne, par ailleurs, que de nombreuses maisons, ont fait appel à des mannequins de tous âges issues de tous les horizons, y compris à des modèles aux tailles fortes comme chez Fendi et Versace. Au final, Milan a eu droit à une vraie Fashion Week responsable.

Tous droits de reproduction et de représentation réservés.
© 2020 FashionNetwork.com



Source link

Autres articles

Yohji Yamamoto : l’art du drapé ritualisé à l’Hôtel de Ville

info mode

Paris renoue avec les défilés en dépit du Covid

info mode

À Milan, Giorgio Armani revient sur son héritage

info mode